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Charles Hudon: ne pas oublier d'où l'on vient

By Simon Bédard - hockeylemagazine.com, 03/11/18, 11:30AM CDT

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DANS UN COIN du vestiaire du Canadien, au Complexe sportif Bell de Brossard, Charles Hudon retire son équipement après un entraînement en prévision du duel contre les Canucks. Hockey Le Magazine vient à sa rencontre, pendant que le vestiaire se vide peu à peu. Il se met dès lors à discuter de sa jeunesse, vécue au Saguenay-Lac-St-Jean et à Montréal.

  

« J’ai été plongé dans le hockey dès ma naissance, confie-t-il. Mon père était entraîneur et mon frère [Pier-Olivier] jouait. On avait une patinoire dans le sous-sol et j’étais toujours en bas en train de jouer. Il n’y avait pas de mûrs parce qu’il y avait juste des trous dedans. Honnêtement, c’est fou le nombre de trous qu’on a fait dans les mûrs. Je jouais au hockey partout. Quand mon père coachait, j’étais souvent en train de jouer dans un vestiaire. Je ne regardais pas trop ça à la télévision, car j’étais toujours rendu en bas pour jouer. » 

 

Plus il se confie, plus on s’aperçoit qu’Hudon entretient une relation privilégiée avec son frère Pier-Olivier. Si ça n’a pas toujours été le cas, convient-il en souriant, il est aujourd’hui l’une des personnes les plus chères à ses yeux. 

 

« Mon frère est un peu plus vieux que moi et je dirais qu’on s’est rapproché lorsque j’ai quitté pour Chicoutimi, dans le junior majeur, dit le 54 du Canadien. Dans le temps, on se chicanait beaucoup lorsqu’il était question de sport, mais lorsque je suis allé jouer là-bas, ça nous a affecté et on s’est rapproché. Maintenant, on essaie d’être ensemble le plus souvent possible. C’est drôle à dire, mais on a la même grandeur de vêtements et de souliers. Quand on a le temps, on en profite pour aller magasiner ou faire quelconque activité ensemble. On veut simplement se retrouver en organisant un souper ou quelque chose dans le genre. Je suis quelqu’un de familial et moi, être seul, c’est pratiquement impossible. Il faut qu’il y ait des gens avec nous. C’est comme ça qu’on a été élevé et c’est pourquoi la famille occupe une si grande place chez moi. »

 

Sans le vouloir, Pier-Olivier a joué un rôle clé dans le cheminement de son jeune frérot. En étant appelé à être gardien de but plus souvent qu’à son tour lorsqu’ils jouaient ensemble, il a permis à Charles d’inscrire une panoplie de buts et, du même coup, de connaître sa réelle valeur. 

 

« Il m’a donné confiance en mes moyens, s’exclame-t-il en riant. Avec lui comme gardien, c’était facile de prendre confiance en moi. Je n’ai jamais voulu être devant le filet. Je l’obligeais à y aller. Maintenant, je le remercie, car ça semble avoir porté fruits. Il n’aimait pas ça et trouvait que j’étais rendu trop fort. Mais chaque fois que je lui demandais, il voulait toujours jouer. Je n’ai jamais vraiment eu d’amis de mon âge, mais plutôt du sien. Il me laissait venir avec eux pour jouer au hockey et c’est comme ça qu’on a développé une bonne relation. Je m’entends encore bien avec ses chums, qui sont aussi devenus les miens avec le temps. »

 

Le hockey et rien d’autre 

La Ligue nationale, Hudon en rêvait depuis des années. Une anecdote démontre d’ailleurs plutôt bien à quel point il était déterminé à faire de son plus grand rêve une réalité, un jour ou l’autre. 

 

« Mes parents m’ont récemment dit que lorsque j’allais à l’école, je n’arrêtais pas de dire que je voulais jouer dans la LNH, se souvient l’attaquant natif d’Alma. L’autre fois, je consultais certaines archives avec ma mère et on a retrouvé quelques notes de mes professeurs qui me disaient ‘On le sait, Charles, que tu aimes le hockey, mais il n’y a pas grand-monde qui atteint la LNH dans la vie. Choisis autre chose comme objectif de carrière.’ On me mettait la note zéro parce que je m’attardais juste au hockey ! Aujourd’hui, lorsque ma mère les recroise, elle leur dit que je suis dans la LNH en ce moment. C’est drôle ! Ça démontre juste qu’il faut toujours croire en ses rêves et c’est ce que j’ai fait depuis le début. »  

 

Une quête dans laquelle ses parents, Nathalie et Sylvain, ont accepté de l’appuyer dès le début et dans laquelle ils ont investi beaucoup de temps. Aujourd’hui membre du Tricolore, Charles en est plus que reconnaissant et tente de les remercier le plus souvent possible.

 

« Ça leur a coûté cher de me suivre depuis le début, reconnaît Hudon, qui évoque le sourire et la famille comme étant les principales valeurs transmises par ses parents. Peu importe le tournoi auquel je voulais participer, ils acceptaient et me suivaient. Mon père ne m’a jamais rien refusé par rapport au hockey. Quand je jouais pour les Saguenéens, je crois qu’il n’a pas manqué un match local au Centre Georges-Vézina. Je vais toujours le remercier d’avoir été là, à mes côtés. » 

 

« Ma mère est une femme de hockey, mais en même temps, elle dit qu’elle ne suit pas ça vraiment, poursuit-il, sourire en coin. Ça doit absolument impliquer moi, mon frère ou mon père. Mais elle a toujours été derrière nous. Elle a toujours voulu qu’on soit sérieux à l’école, ce qui est tout à fait normal puisqu’elle est enseignante. Elle réalise que j’ai lâché l’école un peu plus tôt que prévu, mais elle commence à comprendre un peu plus pourquoi. Des fois, on s’agace en se disant que mon père a réussi, parce que j’ai atteint la LNH, et qu’elle a échoué, parce que j’ai arrêté l’école. C’est une joke entre nous. Chaque fois que j’en ai la chance, je les remercie. Je sais que ç’a été dispendieux pour eux, donc j’essaie de leur offrir des petits cadeaux ici et là. »

 

Le plus jeune père de famille dans le vestiaire 

Si Charles Hudon semble si mature, si à sa place dans le vestiaire du CH en dépit de ses 23 ans, ce n’est pas seulement en raison des valeurs transmises par sa famille au fil des années.

 

C’est aussi parce qu’il peut bénéficier d’une vie familiale rangée, qu’il partage avec Krystel Gauvin depuis ses années avec les Saguenéens, à Chicoutimi. 

 

« Elle ne connaissait pas grand-chose au hockey lorsqu’on s’est connu, rigole-t-il. Mon père m’avait dit, lorsqu’il l’a rencontré pour la première fois ‘C’est quoi l’affaire? Elle ne connaît rien au hockey!’ C’est un running gag qui est demeuré dans la famille. Parfois, elle me pose des questions tellement banales en lien avec ça que je lui réponds ‘Es-tu sérieuse?’ C’est juste comique et ça me change les idées lorsque j’arrive à la maison. Quand je reviens, c’est terminé et on arrête d’en parler. C’est la meilleure chose possible pour moi et ça fait juste m’aider à oublier si j’ai connu un mauvais match ou peu importe. » 

 

Ce qui l’aide également à faire le vide, c’est sa fille Lyah-Hope, qui grandit à vue d’oeil. 

 

« Je suis un père sévère, c’est certain, mais je lui offre tellement de surprises, raconte-t-il au sujet de celle qui est née en août 2015, alors qu’il prenait part à l’Invitation Michel Therrien au Club de golf Le Mirage. Je ne suis pas souvent là, donc lorsque j’en ai la chance, je la gâte et je veux l’avoir dans mes bras le plus possible. Je sais qu’elle est très proche de sa mère, mais ces temps-ci, elle s’ennuie beaucoup. Elle me voit souvent sur Facetime et elle commence beaucoup plus à réaliser que je suis souvent parti. Maintenant, elle comprend ce qu’est le Canadien, mon numéro et où je suis. Ça prouve qu’elle grandit tellement vite ! Tu ne vois pas ça aller lorsque tu es sur la route ou sur Facetime, mais lorsque tu es à la maison, tu t’en aperçois. C’est fou comment elle est déjà grande et intelligente. On ne se souvient pas vraiment de nous à cet âge, mais je vais toujours me souvenir de ces années-là en ce qui la concerne. » 

 

À l’issue de la présente saison, Charles et Krystel vivront leur lot d’émotions, alors qu’ils accueilleront un deuxième poupon, en plus de se marier devant les leurs. Deux évènements marquants dans la jeune vie de l’attaquant du Tricolore.

 

« C’est spécial et on dirait que ça passe plus vite cette fois-ci, fait-il remarquer au sujet de la naissance de leur deuxième enfant. C’est fou ! L’autre fois, on se disait justement ‘Hey, il reste déjà seulement trois mois. Ça n’a pas de bons sens!’ Ç’a passé vite et on se dit que l’an prochain, on sera maintenant quatre. On a bien hâte de vivre ça tout le monde ensemble. On a tellement d’aide de mes parents, des beaux-parents et de tous nos proches. Ça fait déjà deux saisons que Lyah est avec nous, donc on commence à être habitué. Ce sera plus rough avec deux, il faudra peut-être commencer à penser à agrandir la voiture et d’autres choses dans la maison. On a très hâte que l’enfant arrive et le deuxième sera aussi gâté que le premier. »  

 

En ce qui a trait au mariage, le Québécois concède ne pas encore y penser beaucoup en raison de la situation dans laquelle est plongé le CH. Mais ça ne saura tarder, assure-t-il.  

 

« En ce moment, je n’y pense pas trop, répond-il. C’est plus Krystel qui s’occupe de ça présentement. Je pose seulement quelques questions ici et là, mais je me connais. Lorsque la saison va se conclure, je vais m’en occuper davantage. Krystel sait également qu’à un moment donné, je vais prendre un peu plus de décisions qu’elle concernant certaines choses. On ne veut pas un mariage comme les autres. On veut un mariage style party, avec nos familles et nos proches du Saguenay. On veut juste se regrouper, être ensemble. Je vais essayer de m’arranger pour que tout le monde soit ensemble pour quatre ou cinq jours. Je veux qu’on se regroupe et qu’on fasse des activités. » 

 

Difficile d’imaginer ce qui pourrait ensuite attendre, sur le plan familial, ce jeune homme à la sagesse d’un vétéran. À seulement 24 ans, croit-il que le tour du jardin sera déjà fait?

 

« Oui, tout va être fait, conclut Hudon. On va pouvoir vivre notre vie par la suite. Le moment qu’on a choisi pour tout ça, c’est cette année. Même si je n’avais pas été dans la LNH, on aurait procédé quand même, mais ça tombait mieux ainsi compte tenu de ma situation actuelle. »

 

Un dépassement de soi constant sur la patinoire et une vie familiale bien rangée à l’extérieur de la patinoire: voilà la bonne recette à adopter pour être l’un des favoris de la foule au Centre Bell.

 

Le 54 en rafale 

 

Ton plus beau souvenir relié au hockey?
Le Championnat mondial junior et tous mes tournois disputés en Europe. 

Ton meilleur ami au hockey?
Je dirais mon frère [Pier-Olivier], même si on n’a jamais vraiment joué ensemble dans une équipe. 

Ton coéquipier le plus drôle à vie?
Il y en a eu tellement ! J’opterais pour Shawzy [Andrew Shaw] et Brett Lernout.

Un joueur sous-estimé dans la LNH?
Tyler Johnson, à Tampa Bay. Il est tellement petit et possède tellement de vitesse et de skills.

Le repas que tu aimes le plus?

Les sushis. 

Ton ou tes véhicules?
J’ai un Ford Edge Sport et une Infinity. Je ne suis pas quelqu’un de très voiture, mais avec la famille, on a besoin de gros camions.

Ton sport préféré autre que le hockey?

Le golf. 

Ton passe-temps préféré?
Je dessine beaucoup. J’adore dessiner et ça me change les idées.  

Le plus beau voyage que tu aies fait?
J’ai été deux fois en Suède, à Stockholm et Malmö. 

Un pays que tu aimerais visiter un jour?
J’aimerais continuer à visiter la Suède, mais aussi la Finlande et la Norvège. J’aime ces trois pays-là. 

Ton aréna préféré sur la route?
Detroit [Little Caesars Arena et l’ancien Joe Louis Arena].

Et celui que tu aimes le moins?
Toronto [Air Canada Centre]. J’haïs jouer contre les Maple Leafs. 

Ta ville préférée sur la route?
Chicago. C’est ma deuxième ville préférée, après Montréal. 

Et celle que tu aimes le moins?
Detroit. Je ne sors pas trop, trop, là-bas. C’est dangereux, parfois, semble-t-il.

Le plus beau chandail dans la LNH?
Celui du Canadien. C’est tellement prestigieux.

Et celui que tu aimes le moins?
Le nouveau de Nashville, le jaune. C’est rendu un peu trop flash à mon goût.